SASU vs EURL 2026 : comparatif cotisations sociales et fiscalité dirigeant
Définition rapide. En 2026, SASU et EURL restent les deux structures unipersonnelles dominantes pour le dirigeant solo. La SASU place son président en assimilé salarié (régime général, charges sociales à environ 80 % du net, couverture complète). L'EURL place son gérant majoritaire en travailleur non salarié (TNS, cotisations URSSAF de l'ordre de 40 à 45 % du revenu net, couverture allégée). Sur un revenu net de 60 000 €, l'écart de coût social atteint 17 000 à 20 000 € par an en faveur de l'EURL, à mettre en balance avec une couverture sociale moins étendue.
Le choix entre SASU et EURL conditionne plusieurs dizaines de milliers d’euros de cotisations sociales cumulées sur la décennie, le niveau de couverture retraite et prévoyance du dirigeant, l’accès à l’arbitrage dividendes vs salaire et la flexibilité de développement de la société. Voici la mécanique chiffrée 2026, sources officielles URSSAF, Legifrance, BOFiP et Bpifrance Création à l’appui.
Le cadre 2026 : deux statuts, deux régimes sociaux opposés
La SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) et l’EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) sont deux formes juridiques unipersonnelles qui partagent plusieurs traits : responsabilité limitée aux apports, immatriculation au RCS via l’INPI, comptabilité commerciale obligatoire, dépôt annuel des comptes au greffe. Pourtant, leur régime social et leur fiscalité par défaut divergent radicalement.
Le président de SASU est obligatoirement assimilé salarié au sens du régime général de la Sécurité sociale, en application de l’article L. 311-3 du Code de la sécurité sociale. Le gérant associé unique d’EURL, lui, est obligatoirement travailleur non salarié, affilié à la Sécurité sociale des indépendants (SSI, intégrée à l’URSSAF depuis 2020). Cette différence de régime social est la matrice de tout l’arbitrage chiffré.
| Critère | SASU | EURL |
|---|---|---|
| Régime social dirigeant | Assimilé salarié (régime général) | TNS (Sécurité sociale des indépendants) |
| Charges sociales globales | Environ 80 % du salaire net | Environ 40 à 45 % du revenu net |
| Fiscalité par défaut | IS obligatoire | IR (option IS possible) |
| Retraite de base | CNAV | SSI |
| Retraite complémentaire | AGIRC-ARRCO (points cadres) | SSI complémentaire (moins généreuse) |
| Cotisations sur dividendes | Aucune | Au-delà de 10 % du capital |
| Cotisation minimale annuelle | Aucune si zéro salaire | Environ 1 200 € même sans revenu |
| Validation trimestres | Dès 1 747,50 € de brut par trimestre | Au moins 690 SMIC horaire annuels |
Différences fondamentales : assimilé salarié vs TNS
Le président de SASU, assimilé salarié
Le président de SASU est juridiquement un mandataire social, mais socialement traité comme un salarié cadre. Les rémunérations versées au titre de son mandat sont soumises à un bulletin de paie mensuel, calculé sur les mêmes bases que pour un salarié classique du privé, avec environ 45 % de charges patronales et 22 % de charges salariales sur le brut. Concrètement, pour verser 1 000 € net au dirigeant, l’entreprise débourse environ 1 800 €, charges patronales incluses.
En contrepartie de ce coût élevé, la couverture sociale est large :
- Retraite de base CNAV : validation des trimestres dès 1 747,50 € de brut par trimestre validé en 2026, soit 6 990 € sur l’année pour quatre trimestres.
- Retraite complémentaire AGIRC-ARRCO : acquisition de points proportionnels au salaire, sans plafond bas.
- Assurance maladie et indemnités journalières : couverture identique à un salarié cadre.
- Prévoyance obligatoire des cadres : 1,5 % du salaire brut affecté à la garantie décès.
Aucune cotisation à France Travail (ex Pôle Emploi) : le président de SASU ne perçoit pas d’allocation chômage. Cette absence est l’angle mort le plus fréquemment négligé du statut.
Le gérant majoritaire d’EURL, TNS
Le gérant associé unique d’EURL relève du régime des travailleurs non salariés. Sa rémunération est qualifiée fiscalement de “revenu de gérance” au sens de l’article 62 du CGI lorsque la société est à l’IS, et de bénéfice industriel et commercial (BIC) ou non commercial (BNC) lorsque la société est à l’IR.
Les cotisations URSSAF TNS représentent environ 40 à 45 % du revenu net selon le niveau de revenu, avec une dégressivité au-delà de certains plafonds PASS. La structure de cotisation comprend :
- Maladie-maternité : taux progressif de 0 % (jusqu’à 17 600 €) à 6,5 % au-delà de 0,4 PASS, puis 4,5 % au-delà de 5 PASS.
- Retraite de base SSI : 17,75 % dans la limite du PASS, puis 0,60 % au-delà.
- Retraite complémentaire SSI : 7 % dans la limite de 41 136 €, puis 8 % entre 41 136 € et 4 PASS.
- Invalidité-décès : 1,30 % du revenu dans la limite du PASS.
- Allocations familiales : 0 % à 3,10 % selon le revenu.
- CSG-CRDS : 9,7 % du revenu net majoré des cotisations sociales obligatoires.
- Formation professionnelle : 0,25 % du PASS, environ 117 € par an.
Une cotisation minimale annuelle d’environ 1 200 € reste due même si le gérant ne se verse aucune rémunération, contrairement à la SASU où l’absence de salaire signifie zéro cotisation.
Tableau comparatif détaillé des cotisations sociales 2026
Sur un revenu net annuel de 60 000 € pour le dirigeant, voici la décomposition des cotisations entre les deux statuts.
| Élément | SASU (assimilé salarié) | EURL (gérant TNS) |
|---|---|---|
| Revenu net dirigeant | 60 000 € | 60 000 € |
| Cotisations sociales | environ 48 000 € | environ 26 500 € |
| Coût total société | environ 108 000 € | environ 86 500 € |
| Écart annuel | 0 (référence) | environ 21 500 € en faveur de l’EURL |
| Validation trimestres | 4 / 4 | 4 / 4 |
| Points retraite complémentaire | élevés (AGIRC-ARRCO) | modestes (SSI complémentaire) |
L’écart de 21 500 € annuels en faveur de l’EURL est significatif, mais il s’accompagne d’un déficit de couverture sociale. Le calcul du gain net intègre :
- Le différentiel d’environ 4 000 € à 6 000 € par an entre la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO future et la SSI complémentaire, sur la base de droits acquis comparés à équivalent de revenu.
- Le surcoût d’une prévoyance privée TNS pour atteindre une couverture équivalente à celle du régime général, soit environ 1 500 € à 3 000 € par an pour une garantie décès et invalidité comparable.
- Le coût d’une mutuelle santé éventuelle pour le gérant TNS (loi Madelin déductible), entre 800 € et 2 000 € par an, contre une mutuelle obligatoire en SASU partiellement prise en charge par la société.
Le solde net en faveur de l’EURL ressort à environ 13 000 € à 16 000 € par an sur ce profil 60 000 €.
Tableau comparatif de la fiscalité 2026
Au-delà du social, le traitement fiscal des bénéfices et la fiscalité personnelle du dirigeant diffèrent selon la combinaison statut juridique / option fiscale retenue.
| Élément | SASU à l’IS | EURL à l’IS | EURL à l’IR |
|---|---|---|---|
| Taux IS sur résultat | 15 % jusqu’à 42 500 € puis 25 % | 15 % jusqu’à 42 500 € puis 25 % | sans objet (transparence fiscale) |
| Imposition rémunération | barème IR (catégorie traitements et salaires) | barème IR (article 62 CGI) | barème IR sur quote-part de bénéfice |
| Imposition dividende | flat tax 30 % ou barème sur option | flat tax 30 %, mais cotisations TNS au-delà de 10 % du capital | sans objet (bénéfice déjà imposé) |
| Abattement frais pro 10 % | applicable | applicable (limite article 62) | non applicable |
| Choix dividende vs salaire | totalement libre | partiellement contraint (frein TNS dividende) | sans objet |
Le taux réduit d’IS à 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice est ouvert aux deux structures, sous réserve des conditions de l’article 219 b du CGI : chiffre d’affaires inférieur à 10 M€, capital entièrement libéré, détention par des personnes physiques à hauteur d’au moins 75 %. Le taux normal de 25 % s’applique au-delà.
La spécificité majeure de l’EURL à l’IS est le traitement des dividendes : la part de dividende excédant 10 % du capital social, des primes d’émission et du compte courant d’associé est requalifiée en revenu de gérance et soumise aux cotisations TNS, en application de l’article L. 131-6 alinéa 2 du Code de la sécurité sociale. Cette règle freine massivement la stratégie dividende en EURL TNS, contrairement à la SASU où le dividende reste totalement hors champ URSSAF.
Cas chiffrés sur trois niveaux de rémunération
Pour rendre l’arbitrage concret, voici trois simulations sur des revenus nets cibles différents, en supposant une activité de conseil sans investissement matériel lourd, et un dirigeant en TMI de 30 %.
Cas 1 : revenu net cible 30 000 €
Profil consultant débutant ou indépendant en complément de revenus.
| Élément | SASU | EURL TNS à l’IS |
|---|---|---|
| Rémunération nette dirigeant | 30 000 € | 30 000 € |
| Cotisations sociales totales | environ 24 000 € | environ 13 200 € |
| Coût total société | environ 54 000 € | environ 43 200 € |
| Économie EURL vs SASU | 0 | environ 10 800 € |
À ce niveau de revenu, l’EURL est nettement plus efficiente fiscalement. La cotisation minimale TNS d’environ 1 200 € reste due, mais l’écart global reste favorable à l’EURL d’environ 10 800 € sur l’année.
Cas 2 : revenu net cible 60 000 €
Profil consultant établi, technicien expérimenté ou artisan avec carnet de commandes solide.
| Élément | SASU | EURL TNS à l’IS |
|---|---|---|
| Rémunération nette dirigeant | 60 000 € | 60 000 € |
| Cotisations sociales totales | environ 48 000 € | environ 26 500 € |
| Coût total société | environ 108 000 € | environ 86 500 € |
| Économie EURL vs SASU | 0 | environ 21 500 € |
Sur ce profil pivot, l’EURL conserve un avantage important. La SASU n’est compétitive que si le dirigeant active fortement le levier dividende, ce que l’EURL TNS ne permet pas au-delà de 10 % du capital.
Cas 3 : revenu net cible 100 000 €
Profil dirigeant aguerri, expert reconnu, métier à forte valeur ajoutée (avocat, médecin spécialiste, consultant senior).
| Élément | SASU (mix salaire 60 % + dividende 40 %) | EURL TNS à l’IS |
|---|---|---|
| Rémunération nette dirigeant | 100 000 € | 100 000 € |
| Cotisations sociales totales | environ 50 000 € | environ 41 000 € |
| Coût total société | environ 150 000 € | environ 141 000 € |
| Économie EURL vs SASU | 0 | environ 9 000 € |
À ce niveau, l’arbitrage devient plus nuancé. La SASU avec mix salaire et dividende rattrape une partie du retard via la flat tax 30 % sur la part dividende. L’EURL conserve un avantage net, mais l’écart se réduit. Le dirigeant qui anticipe une cession dans les cinq ans peut préférer la SASU pour la simplicité de transformation en SAS et l’éligibilité au pacte Dutreil dans des conditions plus favorables. Voir notre analyse complète sur l’arbitrage dividendes vs salaire dirigeant SAS.
L’ACRE 2026 : effet sur les deux statuts
L’ACRE (Aide à la création et à la reprise d’entreprise), codifiée à l’article L. 131-6-4 du Code de la sécurité sociale, permet une exonération partielle des cotisations sociales pendant les douze premiers mois d’activité.
En SASU, l’exonération porte sur les cotisations patronales et salariales de Sécurité sociale (maladie, vieillesse de base, allocations familiales), dans la limite de revenus inférieurs à 30 852 € en 2026 (75 % du PASS). L’exonération est totale en dessous de 23 139 € (1 PASS), puis dégressive jusqu’à 30 852 €.
En EURL TNS, l’exonération porte sur les cotisations URSSAF maladie et vieillesse, dans les mêmes plafonds. Le gain effectif sur la première année est d’environ 3 500 € à 5 000 € pour un dirigeant à 25 000 € de revenu net, et tend vers zéro au-delà du seuil de 30 852 €.
L’ACRE n’est ouverte qu’aux créateurs n’en ayant pas bénéficié dans les trois dernières années. La demande est automatique en EURL (versée au démarrage) et déclarative en SASU (dans les 45 jours suivant l’immatriculation auprès de l’URSSAF).
Cotisations facultatives et déduction Madelin
Les deux statuts ouvrent l’accès à des dispositifs d’épargne retraite et prévoyance déductibles fiscalement, mais les enveloppes diffèrent.
En SASU
Le président peut souscrire un PER d’entreprise collectif (PERCOL) ou un contrat article 83 obligatoire, dans les mêmes conditions qu’un salarié cadre. La déduction fiscale entre dans le plafond de droit commun du PER individuel (10 % des revenus professionnels, limite 35 194 € en 2026) ou dans le cadre des dispositifs d’entreprise. Le PEE et l’intéressement, accessibles à partir d’un salarié, sont mobilisables dès le premier embauche. Voir notre analyse sur la retraite Madelin TNS et alternatives PER pour le détail.
En EURL TNS
Le gérant peut souscrire un contrat Madelin retraite (devenu PER individuel TNS depuis la loi PACTE) avec un plafond de déduction renforcé : 10 % du bénéfice professionnel (article 62) dans la limite de 8 PASS, majoré de 15 % de la fraction de bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS. Le plafond effectif 2026 atteint environ 87 000 €, contre 35 194 € pour le PER individuel classique d’un assimilé salarié. C’est un avantage structurel important du statut TNS.
La prévoyance Madelin (santé, invalidité, décès) est également déductible fiscalement dans la limite de 3,75 % du revenu professionnel plus 7 % du PASS. La mutuelle santé loi Madelin reste déductible dans la même enveloppe.
Coût de création et fonctionnement annuel
| Poste | SASU | EURL |
|---|---|---|
| Frais de greffe à la création | environ 40 € | environ 40 € |
| Annonce légale | environ 138 € à 197 € | environ 121 € à 175 € |
| Honoraires expert-comptable création | 800 € à 2 500 € | 600 € à 2 000 € |
| Comptabilité annuelle | 1 800 € à 4 000 € | 1 500 € à 3 500 € |
| Dépôt des comptes au greffe | environ 50 € | environ 50 € |
| CFE (cotisation foncière entreprises) | variable selon commune | variable selon commune |
Le coût de fonctionnement annuel de l’EURL est en moyenne légèrement inférieur (environ 200 € à 500 € par an) à celui d’une SASU, notamment en raison d’une comptabilité parfois plus simple. À la création, l’EURL peut aussi être éligible au régime simplifié sans capital minimum (1 € symbolique possible), comme la SASU.
Quand choisir la SASU : trois profils types
1. Le dirigeant qui prépare une levée de fonds ou une cession
La SASU se transforme en SAS par une simple modification statutaire dès l’entrée d’un investisseur. Cette plasticité capitalistique est unique aux structures par actions et conditionne les opérations de venture capital, business angels et fonds d’investissement. Une EURL doit être transformée en SARL (puis en SAS le cas échéant), ce qui complique le calendrier de levée et alourdit la fiscalité de l’opération.
2. Le dirigeant à TMI élevée qui maximise les dividendes
Pour un dirigeant en tranche marginale 41 % ou 45 % qui peut autofinancer son train de vie avec moins de 60 000 € net par an, la SASU permet de mixer salaire minimal pour valider les trimestres retraite et dividendes massifs en flat tax 30 %. L’EURL TNS bloque cette stratégie à 10 % du capital social, ce qui rend l’arbitrage moins puissant.
3. Le dirigeant attaché à la couverture sociale complète
Un dirigeant avec un historique salarial long et une appétence pour la sécurité (famille à charge, prêt immobilier en cours, peu de patrimoine de réserve) gagnera à conserver le régime général de la Sécurité sociale via la SASU. La retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, la prévoyance cadre obligatoire et les indemnités journalières équivalentes au salarié du privé représentent un filet de sécurité significatif.
Quand choisir l’EURL : trois profils types
1. Le consultant ou technicien indépendant
Pour un profil à 60 000 € à 100 000 € de revenu net annuel sans projet d’ouverture de capital, l’EURL TNS reste mathématiquement plus rentable. L’écart de 9 000 € à 21 500 € de cotisations par an se traduit, sur dix ans, par 100 000 € à 200 000 € de capital supplémentaire à investir dans le patrimoine du dirigeant. Voir notre rubrique statut-juridique pour les autres comparaisons.
2. L’artisan ou commerçant en BIC
Les activités artisanales et commerciales classiques (boulanger, restaurateur, gérant de boutique, plombier) sont historiquement structurées en EURL ou SARL pluripersonnelle. Le statut TNS y est intégré aux usages de la profession, les conventions collectives sont rares et l’optimisation dividende a peu d’enjeu (la rémunération constitue souvent l’essentiel du revenu).
3. Le dirigeant souhaitant maximiser la déduction retraite
Avec un plafond Madelin PER TNS pouvant atteindre 87 000 € par an, contre 35 194 € pour le PER individuel d’un assimilé salarié, l’EURL est le véhicule fiscal le plus puissant pour capitaliser sur sa retraite individuelle en déduction du revenu professionnel. Cet avantage est central pour les professions libérales à hauts revenus (avocats, médecins, experts-comptables) qui ne veulent pas s’embarquer dans une holding.
Tableau de synthèse SASU vs EURL 2026
| Critère | SASU | EURL |
|---|---|---|
| Régime social dirigeant | Assimilé salarié | TNS |
| Coût social pour 1 000 € net | environ 1 800 € | environ 1 450 € |
| Fiscalité par défaut | IS obligatoire | IR (option IS possible) |
| Taux IS PME | 15 % jusqu’à 42 500 € puis 25 % | 15 % jusqu’à 42 500 € puis 25 % |
| Dividendes hors URSSAF | Oui | Non au-delà de 10 % du capital |
| Couverture chômage | Non | Non |
| Plafond déduction retraite | environ 35 194 € (PER individuel) | environ 87 000 € (Madelin PER TNS) |
| Transformation en SAS | Modification statutaire | Transformation complète |
| Coût annuel comptabilité | 1 800 € à 4 000 € | 1 500 € à 3 500 € |
| Profil cible | Cession / levée / hauts revenus mixtes | Consultant / artisan / profession libérale solo |
Ce qu’il faut retenir sur SASU vs EURL en 2026
- La SASU place son président en assimilé salarié (régime général, charges sociales environ 80 % du net) ; l’EURL place son gérant en TNS (cotisations URSSAF environ 40 à 45 % du net).
- Sur un revenu net cible de 60 000 €, l’écart de cotisations atteint environ 21 500 € par an en faveur de l’EURL.
- L’EURL est par défaut à l’IR avec option IS ; la SASU est obligatoirement à l’IS avec option IR temporaire restrictive.
- Les dividendes d’EURL TNS sont soumis aux cotisations URSSAF au-delà de 10 % du capital social, ce qui freine la stratégie dividende.
- Le plafond Madelin retraite TNS (environ 87 000 € en 2026) est deux à trois fois supérieur au PER individuel d’un assimilé salarié.
- La SASU se transforme facilement en SAS pour accueillir des investisseurs ; l’EURL impose une transformation préalable plus coûteuse.
- L’ACRE exonère partiellement les cotisations sociales la première année dans les deux statuts, dans la limite de 30 852 € de revenu en 2026.
Pour aller plus loin sur la structuration patrimoniale du dirigeant, l’optimisation rémunération et la transmission, consultez nos analyses sur l’arbitrage dividendes vs salaire dirigeant SAS, la holding animatrice 2026, la retraite Madelin TNS et alternatives PER et la rubrique statut-juridique. Les analyses chiffrées de ce site sont signées Florent Aubry, analyste indépendant. Les ressources officielles complémentaires sont disponibles sur Bpifrance Création (SASU), Bpifrance Création (EURL) et le portail Service-public.fr dédié aux statuts juridiques.
Questions fréquentes
Vos questions sur le sujet
Quelle est la différence principale entre SASU et EURL en 2026 ?
La différence structurante porte sur le régime social du dirigeant. Le président de SASU est assimilé salarié au sens du régime général de la Sécurité sociale (article L. 311-3 du Code de la sécurité sociale) : ses rémunérations supportent environ 80 % de charges sociales sur le net, mais ouvrent des droits identiques à un cadre du privé (retraite de base CNAV, retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, indemnités journalières). Le gérant majoritaire d'EURL relève au contraire du régime des travailleurs non salariés (TNS) géré par la Sécurité sociale des indépendants : les cotisations sont nettement plus faibles (de l'ordre de 40 à 45 % du revenu net), mais la couverture sociale est moins protectrice, notamment sur la retraite complémentaire et la prévoyance. Sur le plan fiscal, les deux statuts sont par défaut soumis à l'impôt sur les sociétés (IS), avec une option IR ouverte sous conditions pour l'EURL. Cette différence sociale fait basculer l'arbitrage selon le revenu cible et la sensibilité du dirigeant à la couverture sociale.
Combien coûtent les cotisations sociales en SASU vs EURL en 2026 ?
En SASU, pour verser 1 000 € de salaire net au dirigeant, le coût total société tourne autour de 1 800 €, dont environ 45 % de charges patronales et 22 % de charges salariales sur le brut. Les taux globaux représentent à peu près 80 % du salaire net. En EURL TNS, pour le même 1 000 € de rémunération nette, le coût société se situe entre 1 400 € et 1 470 €, avec des cotisations URSSAF TNS d'environ 40 à 45 % du revenu net. Cet écart se réduit toutefois sur le plan des prestations : la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO en SASU sécurise des points de retraite supplémentaires que la SSI ne valide pas dans les mêmes proportions. Sur un revenu net annuel de 60 000 €, l'écart de cotisations entre SASU et EURL atteint approximativement 17 000 à 20 000 € par an, à comparer au déficit de couverture sociale TNS estimé entre 5 000 € et 8 000 € de prestations annuelles équivalentes.
L'EURL est-elle automatiquement à l'impôt sur les sociétés ?
Non. L'EURL est par défaut soumise à l'impôt sur le revenu (IR) dans la catégorie BIC ou BNC selon l'activité, dès lors que l'associé unique est une personne physique. C'est la situation prévue à l'article 8 du CGI. L'EURL peut opter pour l'impôt sur les sociétés dans les trois premiers mois de l'exercice (article 239 du CGI), option en principe irrévocable depuis la loi de finances 2019, sauf renonciation possible dans les cinq premiers exercices suivant l'option. La SASU, à l'inverse, est obligatoirement soumise à l'IS, avec une option temporaire IR ouverte pendant cinq exercices sous conditions très restrictives (PME de moins de cinq ans, moins de 50 salariés, chiffre d'affaires inférieur à 10 M€). En pratique, la majorité des EURL opèrent à l'IS pour bénéficier du taux réduit de 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice et du levier dividende, mais le choix mérite un calcul personnalisé selon le niveau de bénéfice et la tranche marginale du dirigeant.
Le dirigeant d'EURL ou de SASU touche-t-il le chômage ?
Ni l'un ni l'autre statut n'ouvre droit à l'assurance chômage obligatoire. Le président de SASU est assimilé salarié pour la Sécurité sociale, mais il ne cotise pas à France Travail (ex Pôle emploi) et ne perçoit donc aucune allocation en cas de cessation d'activité. Le gérant d'EURL TNS est dans la même situation : aucun droit aux ARE classiques. Deux dispositifs partiels existent. L'allocation des travailleurs indépendants (ATI), créée par la loi Avenir professionnel et codifiée à l'article L. 5424-25 du Code du travail, permet de percevoir 26,30 € par jour pendant six mois sous conditions strictes (cessation pour redressement ou liquidation judiciaire, revenu d'activité antérieur d'au moins 10 000 € par an sur deux années, ressources actuelles inférieures au RSA). Des contrats privés type GSC (Garantie Sociale du Chef d'Entreprise), April ou Solly Azar offrent une indemnisation plus large mais coûteuse, entre 2 000 € et 6 000 € par an selon la couverture choisie.
Quel statut choisir entre SASU et EURL pour démarrer en 2026 ?
Le choix dépend de quatre paramètres : le niveau de revenu net cible la première année, l'horizon de développement (solo ou ouverture de capital prévue), la sensibilité du dirigeant à la couverture sociale (notamment la retraite complémentaire), et la nécessité ou non d'arbitrer entre salaire et dividendes. La SASU s'impose pour les dirigeants qui privilégient une couverture sociale complète, anticipent l'entrée d'investisseurs (transformation simple en SAS) ou souhaitent jouer l'arbitrage dividendes vs salaire de manière agressive. L'EURL est plus rentable nette pour les profils techniciens / consultants / artisans qui visent un revenu net entre 30 000 € et 80 000 € par an, sans projet d'ouverture de capital. Un consultant facturant 100 000 € HT annuels gardera environ 9 000 € à 12 000 € de net en plus en EURL par rapport à une SASU à rémunération équivalente. À l'inverse, un dirigeant qui prépare une levée de fonds ou une cession dans les cinq ans gagnera à démarrer directement en SASU pour éviter les frais de transformation et la complexité fiscale du passage IR vers IS.